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L'Abbaye de Sylvanès
La CANTATE DE L’APOCALYPSE a été composée en 1995 par le Père André Gouzes à l’occasion de «l’Année de l’Apocalypse», décrétée par sa Sainteté Bartholoméos Ier, Archevêque de Constantinople et Patriarche œcuménique des églises orthodoxes. Cette année 1995 marquait en effet le 1900 ème anniversaire de la révélation  de l’Apôtre Saint Jean, exilé sur le rocher de Patmos en mer Egée. C’est au cours d’un pèlerinage organisé par l’Abbaye de Sylvanès, en novembre 1995 que cette Cantate a été donnée, pour la première fois, au monastère Saint Jean de Patmos. Elle a été par la suite proposée en différentes églises de France (Abbaye de Sylvanès ; Saint Eustache, Paris ; Saint Gervais, Paris ; Sainte Odile, Paris ; Brie Comte Robert ; Marne la Vallée ; Cathédrale d’Auxerre ; Basilique de Vézelay ; Collégiale de Saint Martin de Boscherville ; Collégiale de Montereau ; Cathédrale de Troyes ; Basilique Saint Denis, Cathédrale de Bruxelle, Primatiale Saint Jean de Lyon...) suscitant partout un très grand enthousiasme.

La Cantate se présente comme une grande fresque sonore représentant les visions successives de l’Apôtre dans lesquelles alternent la révélation des forces du mal  - parties solistes, duo et trio, dans un style contemporain (musique atonale,  dissonante) - et la révélation du Christ, des prophètes, des Apôtres et de la foule des témoins - parties grand chœur, dans un style plus classique (musique tonale, consonante, parfois empruntée au répertoire slavo-byzantin) - L'intervention d'un récitant pour la lecture de plusieurs passages du texte de Saint Jean permet des pauses de silence dans la musique et assure le fil conducteur de l'œuvre.  Tous les chants et les textes  sont en français. L’ensemble de l’œuvre dure environ une heure et demie.

Le livre de l’Apocalypse, contrairement aux idées malheureusement beaucoup trop répandues,  n’est pas la prophétie de fléaux devant s’abattre sur la terre, «à la fin des temps», dans un avenir hypothéthique. Une lecture partielle et trop fondamentaliste pourrait le laisser croire. Jean décrit plutôt le présent universel du monde avec son cortège d'horreurs, de drames, de barbarie... qui affecte le monde inéluctablement. Même si l'Apocalypse s'adresse historiquement aux chrétiens persécutés, pourchassés et massacrés par ordre de l'empereur (Domitien puis Néron), c'est un message universel d’espérance que Saint Jean adresse aux chrétiens et plus largement à tous ceux qui, de tout temps et de par le monde, souffrent de la méchanceté et de la barbarie des hommes. Dans une vision fulgurante, il décrit les forces du mal qui semblent dominer le monde et affecter le Vivant mais sans pour autant l'anéantir. Lui même, «exilé sur l'Ile de Patmos, à cause du témoignage et de la Parole de Dieu»,  souffre l'épreuve et invite ses frères de toutes les communautés d'Asie et de Jérusalem - le sac de la ville éternelle et la destruction de son temple en 70 sont au cœur du message de Jean - à  comprendre et voir le sens de l'histoire et à ne pas désespérer. Le mal, apparemment vainqueur, est vaincu par l'amour... La Bête apparemment toute puissante est anéantie par l'Agneau immolé... L'orgueil de l'homme, apparemment tout-puissant, est vaincu par l'humilité... Ainsi, Jean révèle la vraie nature du Dieu d'Israël, humble et désarmé, compatissant, vivant à jamais au cœur de l'humanité souffrante. Ainsi révèle-t-il le sens de l’épreuve de ceux qui «ont connu le baptême dans le sang de l’Agneau». L'Apocalypse devient alors un fabuleux message d'espérance :  les voix du grand chœur l’annoncent dans une musique d’une infinie tendresse : «Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif ; le soleil et ses feux ne les frapperont plus ; l’Agneau de Dieu sera leur berger».

Nous sommes loin des imprécations terrifiantes d’un Dieu courroucé comme certains continuent de le commenter mais bien au cœur de la révélation suprême du message biblique  : Dieu s’est abaissé jusqu'au néant pour que l’homme soit relevé de son néant. «C'est là tout l'Evangile du Seigneur Jésus Christ» proclamera le récitant. Mais l’Apocalypse n’est pas pour autant une vision doucereuse et idyllique d’un paradis perdu et retrouvé, un happy-end biblique...  Il s’agit tout au contraire d’un message «d’exigence et de salut» comme le chantera le ténor, qui invite à la violence... non celle commise par la haine sur autrui, mais celle faites à soi-même, volontairement assumée et qui, mystérieusement, engendre la compassion pour l'autre, l'amour universel et la paix.
L’Apocalypse s’achève par un cri : non celui de la terreur - qui semble pourtant dominer le monde  -mais bien celui de l’Amour révélé et toujours désiré : « Maranatha! Viens Seigneur ! », chanté par le grand chœur et les solistes dans une musique bouleversante.


Jean-François Capony
Editeur